C H R 0 N 0 L 0 G I E

Nota: afin de mieux les repérer, nous avons signale les expositions monographiques par un *.

1921 Naissance, le 3 janvier (certains disent parfois, à tort, le 5), faubourg Lacapelle à Montauban. Il est d'une famille de boulangers-pâtissiers (son grand-père, son père, son oncle l'étaient) dont le magasin était dans cette même rue.

1932 Mort de son père. Obligé a diverses activités pour vivre - il interrompit ses études à l'âge de 14 ans -, il assume les emplois de garçon-boucher (rue du Greffe) - activité qu'il eut pendant sept ans et dont il prétendit avoir tiré sa solide constitution physique - et d'aide clans une cuisine de restaurant. Il trouve ces petits travaux grâces aux petites annonces de la Dépêche du Midi. Ses rares moments de loisirs sont occupés à dessiner et a peindre.

1939 Première exposition * à Montauban d'œuvres figuratives. Son premier atelier, à Montauban, est rue du Général-Sarrail, dans la tour de l'hôtel Malpel. Il y peint sans arrêt.

Pendant la guerre, il est envoyé à Uriage pour faire un stage d'art dramatique. Il y fait des décors et des costumes. Puis, dans les Hautes-Alpes, il est prête-nom, sous le pseudonyme de Lucien Reynaud, d'une maison refuge pour des israélites traqués (à Rosans). Ensuite, réfractaire an S.T.O. en Allemagne, il doit se cacher dans les bois, où il mène une vie d'ermite. Il continue à créer, avec de la terre et des feuilles, et profite de cette retraite pour lire les grands auteurs.

1942 Arrive à Paris. Son premier domicile se trouve rue de Seine et il vit de petits travaux. Il aura ensuite, dans l'ordre, ses ateliers parisiens rue des Pyrénées, rue Beautreillis et rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, avant de s'installer définitivement à Saincy, en Seine-et-Marne.

1945 Premier mariage.

Se lie d'amitié avec les directeurs des Éditions du Seuil, Paul Flamand et Jean Bardet, et commence une collaboration suivie avec la maison de la rue Jacob, dont il dessina le "logo" encore utilisé aujourd'hui. Chargé d'illustrer des recueils et des couvertures (comme les modestes culs-de-lampe pour Veillées 2 -les fêtes de l'année, en 1947), il compose notamment une suite de dessins pour le Dialogue des carmélites de Georges Bernanos [cat. 29 et 3O]

1947 Exposition * R. Lapoujade - Peintures et dessins (Paris, galerie Jeanne Chastel, 20 février-7mars), Le catalogue de cette manifestation, comportant vingt œuvres figuratives, est préfacée par Waldemar George.

1948 Réalise un portrait de Jean Cayrol pour son livre La vie Répond (Paris, GLM).

1949 Exposition* 50 dessins (Paris, galerie Chardin). La manifestation (organisée par les éditions du Seuil) se décomposait en trois ensembles : 29 portraits de personnalités de l'époque (Bachelard, Bataille, Breton Emmanuel, Mauriac, Claudel, Sartre, Eluard ... ), onze illustrations pour Les voies de petite communication de Louis Pauwels (Seuil, 1949), et des œuvres diverses. L'exposition, accompagnée d'un court texte de François Mauriac, fut reprise par la galerie Evrard à Lille, accompagnées d'œuvres d'André Lhote. Chaque portrait, exécute à la pointe d'argent sur parchemin, est accompagne d'une méditation autographe de l'écrivain sur le thème du visage.

1950 Exposition* Prétextes et peinture formelle (Paris, Galerie Mai, 3-28 février), signe précurseur de l'informel. Robert Lapoujade a parfois affirmé que cette exposition s'était tenue en 1951. D'autres références l'ont aussi situé, également à tort, en 1949 [cat. 14].

Publie Le Mal à voir (Paris, Le Messager boiteux de Paris). essai théorique sur la peinture.

Participe au Salon de Mai (Paris, palais de New York) S'éloigne des milieux chrétiens qu'il fréquentait jusque là et s'engage politiquement.

1951 Illustre (trois dessins) Observations de Charles Piquois (Paris, Le Messager boiteux de Paris).

1952 Exposition* Compositions (Paris, galerie de Babylone, 38 bd Raspail) en mars. La Bataille de Rocroi est très remarquée.

Exposition* L'Enfer et la Mine (Paris, galerie Arnaud, 34 rue du Four, du 30 octobre au 19 novembre ; puis Milan, Florence, Turin, où le peintre fait une série de conférences). L'exposition est présentée par un texte en forme de manifeste dans lequel le peintre s'élève contre le réalisme socialiste, notamment celui de Fougeron, et tente de démontrer qu'on peut être en même temps social et abstrait. Cette exposition, qui lui fut inspirée par un voyage dans le nord de la France, obtient un grand succès [cat. 14],

Participe au Salon des Réalités Nouvelles.

Voyages (Allemagne Espagne)

1953 Réalise la linogravure de couverture du bulletin de la galerie Arnaud (n°2, janvier).

Illustre Le nu et le chant de Jean-Clarence Lambert (Paris. René Debresse),

1954 Illustre Barabbas de Pär Lagerkvist (Paris, Les bibliophiles du Palais).

1955 Publie Les mécanismes de fascination , en hommage à Cézanne , avec une préface du philosophe jean Hyppolite (Paris, Seuil).

Publie "Le sens et le non sens dans la peinture abstraite", dans Visages et perspectives de l'art moderne -peinture, poésie, musique (Entretiens d'Arras, 20-22 juin 1955, éditions du CNRS, 1956).

1956 Publie "L'homme perdu", sur les rapports de la poésie et de la peinture, dans La Tour de feu ("révolution de l'infiguré'', n°5 automne).

Figure parmi les 16 peintres de la jeune école de Paris présentés par Hubert Juin dans un ouvrage édité par le Musée de Poche.

1957 Exposition* Lapoujade (Paris, galerie Pierre, 2 rue des Beaux-Arts, 5-22 juin), préfacée par Francis Jeanson. Y sont montrés, entre autres, des paysages parisiens [cat. 37?].

 

1958 Participe au Salon de Mai. Max Ernst y remarque sa Baigneuse sortant de l'eau [cat. 40]. Outre ce Salon de Mai (où il est refusé en 1959), le peintre participa aussi régulièrement, à cette époque, aux Salons d'Automne et des Réalités Nouvelles. Il figura également dans des expositions collectives en Belgique, Suisse, Suède, Italie, Australie, Japon et Etats-Unis.

Publie "La liberté de l'artiste" dans Les Lettres nouvelles (n°59)

1959 Exposition* le vif du sujet (10 avril-2 mai, exposition inaugurale de la galerie du Musée de poche, 7 rue de l'Odéon), dont le catalogue est préfacé par Jean-Louis Ferrier. Les vingt-deux toiles traitaient de l'érotisme et de la torture. Toutes les œuvres, sauf une, sont achetées par un jeune peintre [cat. 41-44].

Exposition* Autour des objets (galerie Numaga, La-Chaux-de-Fonds), avec conférence au Club 44.

Exposition* de peintures à sujets érotiques (exposition inaugurale de la galerie Arlet à Monaco), en août.

Réalise son premier court-métrage : Enquête sur un corps [15 mn] La plupart de ces premiers petits films expérimentaux, lui ont été commandés par le service de recherche de l'ORTF, alors dirigé par Pierre Schaeffer. Nous en donnons ici la liste complète : Foules [9 mn] et Andreou [15nin] (1960), Noir Blanc [8 mn] (prix spécial de la semaine internationale du film à Evreux ) (1961), Prison [16 mn 30] (prix Antonin-Artaud en 1961) et Chastel [18 mn] (1962), Trois portraits d'un oiseau qui n'existe pas [7 mn 30, musique de François Bayle] (Prix Emile Cohl), Vélodrame [10 mn ] et Prassinos: l'image et le moment [13 mn 30] (commentaire dit par jean Vilar) (1963), Cataphote [10 mn] (1964), Portraits parallèles : Jean Paulban [18 mn] et Mise à nu [8 mn] (1965), L'ombre de la pomme [8 mn] (1967, présenté au festival de New York de la même année).

Publie Pour un art même (Paris, cahiers du musée de poche).

Fin des années 1950 : Devient pendant quelques années professeur de peinture et de dessin à l'école Alsacienne à Paris.

1960 Fait une conférence à la Société française d'Esthétique sur "la signification et la matière en peinture" (21 mai). Participe à une enquête de La Nouvelle critique sur le rôle du peintre.

Dans la revue Arguments (n°19, consacré au théme de "l'art en question"), il consacre un article à "la peinture et l'unique".

Signe le "Manifeste des 12l" en septembre, à la suite duquel il est inculpe ; depuis 1958, il collaborait étroitement au "réseau Jeanson" dans ses activités d'hébergement, de libération, etc., des militants algériens du F.L.N.

Publie (les dessins dans Action poétique n°12, numéro consacré à la guerre d'Algérie.

Publie "La Réalité du réel" dans la revue suisse Pour l'art, n°75 (décembre).

1961 Exposition* Lapoujade - Peintures sur le thème des Emeutes, Tryptique sur 1a torture, Hiroshima (Paris, galerie Pierre Domec, 10 mars-15 avril). Le catalogue est préfacé par Jean-Paul Sartre, dont le texte lut ensuite repris dans la revue Médiation (n°2, 1961), puis dans Situation IV (Paris, Gallimard, 1964). Dans ce texte. Sartre désigne Lapoujade comme "le nouveau peintre des foules". L'accueil de l'exposition par la presse est mitigé, principalement à cause de la guerre d'Algérie [cat. 50].

Exposition* Nus, Emeutes (Paris, galerie La Hune), présentée par Maurice Nadeau.

Participe à l'exposition Une nouvel1e figuration (Paris, galerie Mathias Fels, 8 novembre-8 décembre).

Long article de Jean-Louis Ferrier dans Les Temps Modernes sur "Lapoujade et les mécanismes de signification".

Membre du comité de rédaction de la nouvelle revue Médiations (lancée par les Éditions de Minuit) avec J.L. Ferrier, L. Goldmann, Jean-Clarence Lambert. Publie "Le Signe et la signification" dans le premier numéro.

1962 Illustre Le Refus, roman de Ludovic Massé ( Blainville sur-Mer, L'Amitié par le livre).

Donne des études pour "L'hommage à Djamila Boupacha" (sous la direction de Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi, Gallimard).

1963 Exposition* Sur le thème du nu (Paris, galerie Pierre Domec). Il s'agit de la présentation de vingt-cinq dessins illustrant D'une voix commune de Ch. Dobzynski (Paris, Pierre Seghers, 1962).

Exposition- Lapoujade (Gênes, galerie La Polena, 9-30 avril).

1964 Achète une maison à Saincy (Seine-et-Marne) et s'y installe pour le reste de sa vie.

Participe à l'exposition de gravures de l'atelier Lacourière (Paris, maison internationale de la cité universelle cde Paris, 21 février-13 mars), avec trois gravures,

1965 Exposition* Portraits et compositions (Paris, galerie Pierre Domec). Il s'agit de vingt-cinq portraits peints (de personnalités, dont ceux de Masson, Duras, Sartre, Gance, Sarraute. Le catalogue fut préfacé par Marguerite Duras [cat. 55-57].

A la fin de l'année, Robert Guicharmaud exprime le souhait, par voie de presse, qu'une première rétrospective soit consacrée a Lapoujade à Montauban.

1966 Second mariage.

Participé à l'exposition Expositions et Rencontres au musée des Beaux-Arts de Neuchâtel (Suisse), du 15 octobre au 4 décembre.

1967 Obtient le prix Marzotto.

1967-1968 Long métrage : Le Socrate (90 mn) - dialogues: Colette Audry et jean-Patrick Manchette ; musique Bernard Parmegiani ; avec : Pierre Luzan (Le Socrate), R. J. Chauffard (Lemmy), Martine Brochard (Sylvie). L'œuvre obtient le prix spécial du jury au festival de Venise 1968. Le filme raconte l'histoire d'un philosophe qui quitte tout pour chercher la vérité. Lemmy, policier, suit cet "original" et devient peu a peu son disciple.

Le film tire son originalité d'une juxtaposition de divers types de "collages" (plans fixes, propos décalés, etc...)

A l'occasion, onze œuvres sont présentées chez Pierre Domec.

1968 Chargé de cours de cinéma, jusqu'en 1971, à l'école du cinéma et de photographie de Vaugirard (Paris).

1969 Exposition* Choses vues (Paris, galerie Pierre Domec), sur les événements de mai 1968 [cat. 58]. Après l'exposition, l'activité picturale de Robert Lapoujade se ré duit considérablement, au profit de l'écriture et du cinéma. Vivant modestement, parfois même pauvrement, il quitte peu Saincy et n'accepte plus d'exposer qu'en de rares occasions (essentiellement des participations).

1970 Publie L'Inadmissible, roman (Paris, Les Lettres nouvelles, Denoël), qui sera adapté au cinéma, par l'auteur lui même, sous le titre Le sourire vertical.

1971-1973 Long-métrage : Le sourire vertical (1h5O) - dialogues: R. Lapoujade ; musique Patrice Sciortino ; avec ; Françoise Brion (Lannie), François Perrot (Relde), jean-Pierre Mocky (Franco), Dyonis Mascolo, Louis Seguin et 0. Revault d'Allones y font des apparitions. Le film fut présenté à la quinzaine des Réalisateurs au festival de Cannes de 1973. Le film, considéré comme pornographique, est censure par Maurice Druon, ce qui provoque un scandale. Il sortira en salles après quelques coupures. Il raconte l'histoire d'un député historien qui, quitté par sa femme, se mure dans une sorte de cabinet et bascule dans l'Histoire sur laquelle il greffe ses problèmes personnels. Ainsi les fantasmes du députe se mêlent à l'évocation du procès de Jeanne d'Arc. On y retrouve des thèmes picturaux, notamment la reconstitution des tableaux délirants de Jérôme Bosch.

1973 Illustre Droite Distances d'Alice Colanis (Paris, Librairie de Saint-Germain-des-Prés).

1975 Court-métrage : Un comédien sans paradoxe [15 mn], César du meilleur court-métrage d'animation l'année suivante.

1977 Publie De l'une à l'autre ou La raie médiane, théâtre (les représentations, avec Marie-France Coppeaux, ont lieu à la bibliothèque municipale de Boulogne-sur-Mer et à Coulommiers en février 1978)

1977-1981 Travaille à l'élaboration d'un long métrage : Les mémoires de Don Quichotte, comédie musicale en animation (marionnettes), restée inachevé. Claude Nougaro et Romain Didier en écrivent la musique.

1980 Devient professeur à l'école supérieure des Arts Décoratifs de Paris (jusqu'en 1986).

Illustre Les pirogues d'un portrait de R.J. Chauffard, acteur du Socrate (Paris, La coïncidence).

1981 Obtient la médaille d'argent au Salon de la Société des Artistes français.

Vers 1981 Abandonnant définitivement le cinéma à la suite des déboires financiers du Don Quichotte, Lapoujade se remet a peindre, malgré une maladie qui le paralyse peu à peu.

1982 Participe à une exposition de groupe an centre culturel de Budapest.

Participe à la manifestation organisée par le ministère des Affaires Extérieures sur Les peintres-cinéastes.

1984 Officier de l'ordre des Arts & Lettres.

Soirée spéciale de présentation des seules 20 mn tournées des Mémoires de Don Quichotte dans le cadre de la Semaine de la Marionnette (Paris, 12-18 décembre).

1985 Exposition* à la bibliothèque publique intercommunale de Miramas (novembre-décembre), présentée par 0. Revault d'Allones [cat. 66, 70, 73]

Participe à l'exposition Surréel au cloître de la collégiale de Saint-Emilion (5 œuvres, peintes entre 1982 et 1985, dont cat. 70 et 72)

Participe aux expositions Autour de Sartre, a Londres et Rome, et Autour de Ludovic Massé (Céret, musée d'Art moderne, juillet-août, et publie "un portrait sans visage" dans la publication qui accompagne la manifestation) .

1986 Participe à l'exposition Gravures originales - les années 50-60 (Paris, galerie Lacourière Frélaut) avec sept pièces.

Préface une exposition de son ami, le sculpteur Ilio Signori.

1987 Participe a l'exposition Ecrivains-artistes et artistes-écrivains du XX siècle (autour d'Atlan) organisée par les Rencontres d'Art en Quercy (Montauban, musée Ingres, 26 juin-6 septembre).

La publication de l'essai La peinture trahie est annoncée pour cette armée-là (notamment dans le Curriculum Vitae de l'artiste), mais ne paraîtra jamais que sous forme d'extraits, malgré les dix années que Lapoujade y consacra (notamment, en 1985, dans "Autour du chef-d'oeuvre inconnu de Balzac", Paris, École nationale supérieure des Beaux-Arts, ou "L'être en regard", dans Les Temps modernes, n°495, octobre 1987). Les autres ouvrages annoncés, Pour une vérite de la peinture d'aujourd'hui et La peinture d'aujourd'hui et son ambiguïté, semblent correspondre à des projets voisins.

1988 Exposition* Robert Lapoujade-Peintures (Paris, galerie de l'Odéon, 7 octobre-10 novembre) [cal. 66,68,70,73,76,77,79,82].

Vers 1988 Assure un cours pendant environ trois ans à l'académie Talens ("L'île aux peintres") à la Ferté-Milon, où fut en partie tourné - et le reste à Saincy - une vidéo par Jean-Noël Delamarre "Une leçon de peinture..." (1991, environ 35 mn, C.A.D. productions et I.N.A.)

1989 Publie "Le peintre, la peinture et l'art" dans La Revue d'esthétique (n°16, sur le thème "Parlez d'une œuvre aimée ").

1990 Publie "La grande différence", avec une illustration, dans Antigone (n°14, numéro consacré à l'invention).

1992 Participe au Salon Comparaisons 92 (Paris, Grand Palais) et a l'exposition Petits formats des peintres de Réalité secondes, (Paris, galerie Ariane, 2-15 février)

1993 Décès du peintre, le 17 mai, à Saincy par Bellot (Seine et Marne). Le Monde annonce la "disparition d'un Provocateur solitaire". L'événement est annonce dans la Dépêche du Midi le 3 août suivant.